Histoire de l’apiculture



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Histoire de l’apiculture en Pays de France et dans le Val d’Oise

Histoire de l'apiculture en Pays de France et dans le Val d'Oise

Ruches DADANT de M. CABUY à Villiers le Bel

« L’apicullure dans le Pays de France était fortement représentée avant la dernière guerre mondiale. A Villiers-le-Bel, presque chaque jardin avait son rucher ».

Cette phrase de Monsieur Cabuy, apiculteur dans notre canton, nous a incité à effectuer une enquête ethnographique afin d’en apprendre davantage sur cette activité.

 

1 – Les races d’abeilles

Il existe différentes races d’abeilles, et entre autres :
– l’abeille de Banat originaire de Roumanie,
– l’abeille chypriote,
– l’abeille caucasienne : elle est très striée et ressemble à la guêpe.
– l’abeille italienne : elle est dorée avec 3 segments jaunes et un bouclier entre les ailes. Elle est très agressive de tempérament.
– l’abeille commune, plus souvent appelée « femme » parce qu’elle est très douce. Elle laisse enlever sa récolte sans trop de résistance.
A Villiers-le-Bel, on élève l’abeille italienne, mais plus fréquemment l’abeille commune, ainsi que dans diverses localités du Pays de France.

 

2 – Les ruches

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Ruche DADANT

Dans notre région, on trouve aujourd’hui essentiellement des ruches à cadres mobiles plus pratiques et destinées à une culture intensive des abeilles. Ces ruches d’architecture moderne ont leur propre langage : voici par exemple les éléments d’une ruche inventée par Monsieur DADANT, fabricant français de cire gaufrée, utilisée à Villiers-le-Bel.
Cette ruche est formée par des hausses équipées de cadres, ceux-ci constituant le squelette interieur de la ruche. En effet, ce sont eux qui vont recevoir le nectar, le pollen et la ponte des reines (couvain).
Grâce à leur mobilité. l’apiculteur n’a pas a détruire la ruche pour récolter le miel et la cire.
Les abeilles peuvent aller et venir de la ruche aux vergers grâce au trou de vol généralement situé au bas d’une des parois.

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Cadres de ruches Dadant

Lorsque la ruche est fabriquée, l’apiculteur la surélève du sol à l’aide de parpaings ou de rondins de bois car l’humidité de la terre est néfaste à la bonne santé de la ruche et de ses occupants.

Afin de se protéger du froid, les abeilles constituent naturellement un épais matelas de miel qu’elles construisent au-dessus des cadres.

En appoint à ceci, l’apiculteur fabrique un coussin de toile de jute. Celui-ci est bourré de paille et fixé sur un cadre de bois.

Apiculture Val d'Oise

Ruches en paille et en rotin recouvert de terre
(torchis) acquises par la J.P.G.F.

Autrefois les ruches étaient en paille ou en torchis.
Celles-ci servent aujourd’hui à la capture d’essaims sauvages.
Pour la capture, l’apiculteur se sert d’un outil appelé croissant (sorte de faucille mais plus épaisse, fixée sur un long manche en bois). Avec ce croissant, l’apiculteur peut aisément couper la branche portant l’essaim. ll récupère celui-ci dans une ruche en paille qu’il tient grâce à un manche en bois.

 

3 – Orientation des ruches

Les ruches doivent être bien orientées, selon certaines normes. Par exemple, elles doivent être à l’abri du vent du nord : on économise ainsi les réserves pendant l’hiver. Car, si les abeilles ne sont pas a l’abri du vent, elles consomment plus de nourriture d’appoint (sirop).
La planche d’envol doit être orientée vers le sud-est.
Le rucher peut être aussi disposé en fer à cheval, mais on peut constater que l’essaim à l’état sauvage n’a pas d’orientation définie.

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Ruches de M. CABUY bien orientées

A Villiers-le-Bel, le rucher se trouve sur son point culminant « le Mont Griffard ». Il est abrité par la forêt d’Ecouen et une haie artificielle de deux mètres de haut environ. Ainsi les ruches sont protégées du vent.

ll est nécessaire d’avoir un point d’eau à proximité du rucher. En effet les abeilles charient beaucoup d’eau afin de nourrir les jeunes abeilles et le couvain (ensemble des œufs et des larves). A Villiers-le-Bel, l’eau provient des fontaines Chauvet et Prechez.

 
4 – La flore

L’apiculteur ne fait pas de plantation particulière. La floraison dure de mars à juillet et on trouve :
– les ormeaux (ulmacés)
– l’aubépine (rosacée)
– les acacias
– les chataîgniers (cupulifère)
– les tilleuls (tiliacés).

Les abeilles démarrent leur activité sur les arbres fruitiers. Elles préfèrent les tilleuls et les acacias pour leur récolte. On appelle alors le miel « toutes fleurs ».

 

5 – Calendrier apicole

Le calendrier apicole varie selon certains facteurs tels que :
– la région ; la floraison ; la température ; la nature de la colonie d’abeilles.
Ainsi, il est impossible de présenter un calendrier très strict et il peut exister à certaines années, une marge de quelques jours et parfois beaucoup plus.
Ce calendrier a donc été dressé pour notre ville, car des différences existent parfois dans une même région. En effet, l’apiculteur peut quelquefois constater une semaine de décalage entre Villiers-le-Bel et Luzarches, situé à moins de 15 km au nord.

Janvier : la reine commence à pondre, à la fin de ce mois. Elle forme le nid à couvain dans lequel est maintenu une température d’environ 35 °C.
Février-mars : le réveil des ruches se fait vers 11 °C environ. C’est pourquoi on ne peut donner une estimation précise, le climat variant plus ou moins chaque année.
Avril : c’est la période avant la miellée (exsudation visqueuse et sucrée qui laisse suinter en réaction à la piqûre des pucerons, les feuilles de certains arbres). Il faut contrôler l’activité de chaque ruche.
Mai : à la fin du mois de mai et même début juin, c’est la période de grande miellée. La ruche atteint son maximum d’activité et de développement. Le nombre d’abeilles le plus élevé est de 75 à 80 000 sujets. A ce moment, les cadres des ruches se remplissent très vite.
Juin : c’est la période de la récolte dans le cas de butinage du Colza. ll faut continuer l’essaimage (multiplication des colonies d’abeilles consistant en l’émigration d’une partie de la population d’une ruche pleine dans une ruche vide).
Juillet-août : c’est le moment de récolter le miel. La date n’est pas fixe : elle se situe entre la fin de ce mois et le début du mois d’août. Muni d’un voile et de gants afin de se protéger des piqûres, l’apiculteur doit procéder à différentes opérations pour pouvoir récupérer le miel. Grâce a un enfumoir, l’apiculteur ralentit les réflexes des abeilles ce qui les rend inoffensives. Ensuite, il enlève les cadres mobiles gorgés de miel et de cire pour les emporter dans son atelier. A l’aide d’un couteau à désoperculer, il enlève la couche de cire obstruant les alvéoles contenant le miel. Les cadres sont ensuite placés dans l’extracteur mécanique ou électrique. Grâce à la force centrifuge obtenue par le mouvement de rotation, le miel s’écoulera au fond de la cuve de l’extracteur.
Il ne reste plus qu’à le tamiser et à le mettre en pot : il est alors prêt à être consommé.
Septembre-octobre : l’hiver s’annonce, et il faut prendre quelques précautions.
Il faut :
– protéger les ruches du froid et de l’humidité en les mettant à l’abri et au sec. On leur met des coussins. A l’état sauvage, elles prévoient un matelas de miel assez épais. Ainsi, elles conservent la chaleur.
– prévoir les provisions pour l’hiver (sirops),
– protéger les ruches et les abeilles contre les rongeurs en les élevant sur des socles.
Durant le grand froid hivernal, les abeilles se reposent et il ne faut jamais les déranger.

 

6 – Les traditions

Lorsque l’apiculteur venait à mourir, on disposait sur une de ses ruches une bande de crêpe noir en signe de deuil.
Cette tradition, venant du Berry, ne paraît guère avoir été suivie de façon évidente dans notre région, ainsi que celle du tissu de couleur rouge, placé sur la ruche les jours de fête (naissance, mariage).
Le jour de la Chandeleur, l’apiculteur faisait le tour de son rucher avec une bougie allumée. Le but était d’encercler le rucher afin de conjurer le mauvais sort et ainsi d’éviter que les essaims ne partent ailleurs, où que la reine meure.
Cette tradition était autrefois suivie à Villiers-le-Bel, mais aujourd’hui elle semble abandonnée (ou pratiquée de manière très discrète).
L’apiculteur a de nombreuses manières empiriques pour aborder les ruches : ainsi, à Villiers-le-Bel, on dit qu’il faut se frotter les mains avec de l’oignon, de l’ail ou des poireaux, pour éviter de se faire piquer.
Une tradition veut que les piqûres d’abeilles guérissent les rhumatismes. Plusieurs rhumatisants auraient été guéris de cette facon.
Les abeilles n’aiment pas les odeurs fortes : éviter le parfum ou le tabac pour approcher le rucher. ll est également déconseillé de faire des gestes brusques et de faire du bruit.
Lorsque l’orage menace, il faut éviter la proximité d’un rucher : les abeilles énervées risquent de piquer les imprudents.

 

L’apiculture en milieu urbain

Apiculture Val d'Oise

Rucher Pignel à Chaumontel (Val d’Oise)

L’abeille en ville, semble un paradoxe et pourtant des apiculteurs y ont installé leurs ruches.
D’après les témoignages recueillis chez des apiculteurs travaillant en milieu urbain, l’apiculture retrouve une richesse d’essence qu’elle ne trouve plus en milieu rural car la culture sur de grands espaces de maïs ou de blé ont raréfié les pollens. Par contre, les jardins des zones pavillonnaires recèlent de nombreux arbres fruitiers (cerisiers, pommiers…) et aussi des arbres d’ornement (tilleuls, marronniers…) qui donnent une diversité de fleurs, donc de pollens.
Il existe en ville des pollutions qui pourraient endommager le miel ou transformer son goût : il n’en est rien d’après une étude exécutée par l’l.N.R.A. (institut National de Recherche Agronomique) sur un miel récolté à Fresnes. En effet, la ville a une densité d’insecticide infiniment moindre que les arbres fruitiers actuellement cultivés en campagne.


Extrait de l’article du catalogue
« 10 ans de recherches en Pays de France »
par Marie GOUFFÉ
et Frédéric GAILLAND

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