Colombiers et pigeonniers en Pays de France



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Définition

Le dictionnaire de Furetière, paru en 1690, définit ainsi le colombier : lieu où l’on tient les pigeons et précise que «l’on appelle colombier un bâtiment à pied qui a des boulins* jusqu’au rez-de-chaussée pour tenir grand nombre de pigeons».

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Pigeonnier à pied
Baillet-en-France

Le «Littré de 1880», définit le pigeonnier : «habitation préparée pour les pigeons domestiques» et aussi «pigeon, oiseau de basse-cour, qu’on élève dans un pigeonnier».

Dans le Pays de France, de nombreux pigeonniers sont de forme circulaire et sont ce que l’on appelle les «pigeonniers à pied», d’autres sont des «pigeonniers-porche» qui permettent le passage des individus et de petits véhicules, le dessus étant occupé par les pigeons.

D’autres types de construction existent dans d’autres régions, pigeonniers sur piliers, octogonaux, à arcades et même troglodytiques.

 

 

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Coupe d’un colombier sur pied
d’après Viollet le Duc(1)

Une structure en bois composée d’un mât central tournant, sur lui-même, grâce à un axe et une crapaudine, sur un socle de pierre sur lequel étaient fixées deux barres transversales l’une au sommet, l’autre à la base du mât, servaient de point d’appui aux deux échelles qui permettaient l’accès à chaque nid ou boulin (voir dessin), et d’assurer toutes les manipulations souhaitables au bon fonctionnement du pigeonnier, entretien des boulins : surveillance des couvées et des pigeons malades, récupération de la colombine, et des pigeons destinés à la consommation.

 

Le cadre géographique

Rarement cité dans les monographies régionales, le Pays de France, petit territoire du nord et de l’est parisien de 550 km2 qui doit son appellation au Duché de France au Xème siècle, puis au territoire de l’abbaye de Saint-Denis, mentionné en «France» en 1170 (2).

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Le colombier de Goussainville
en fort mauvais état

Au cours des siècles, 82 villages ont été dénommés en France. Aujourd’hui seuls 8 subsistent sous cette dénomination : Baillet en France, Belloy en France, Bonneuil en France, Châtenay en France, Mareil en France, Puiseux en France, Roissy en France et Tremblay en France. Le Pays de France est délimité par le Vexin au nord-ouest, le Serval au nord, le Valois au nord-est, la Goële et le Meldois à l’est, et la Brie au sud.

De nombreux pigeonniers du Pays de France sont actuellement malheureusement disparus ou réduits à l’état de ruines. Quelques uns sont la propriété de municipalités, d’autres appartiennent à des propriétaires privés et sont plus ou moins entretenus ou restaurés.

 

Les fonctions d’un colombier

Tous ont perdu leur vocation originelle, dont la démonstration d’une certaine aisance sociale du propriétaire.

Sous le règne du roi Henri IV, de 1589 à 1610, la possession d’un colombier n’est plus considérée comme un privilège féodal mais plutôt comme la preuve d’une réussite sociale (Olivier de Serres) (3).

La construction d’un pigeonnier était soumise à la surface cultivable possédée par son propriétaire ; plus celle-ci était importante plus le pigeonnier pouvait contenir de niches à pigeons ou boulins. Il fallait posséder au moins 50 arpents (1 arpent = 50 ares) pour pouvoir disposer de 500 boulins.

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Pot à pigeons (boulin) de Goussainville

La production de viande : 500 boulins donc 500 couples de pigeons pouvaient donner 160 naissances par semaine, soit une production de viande très importante. A une époque où les moyens de conservation des aliments n’existaient pas, la production de viande «sur pattes», facilement transportable, était un gage de nourriture toujours disponible.

En plus de l’intérêt alimentaire déjà évoqué, le pigeon avait une fonction médicale, il constituait la base de l’alimentation des malades, des convalescents et son sang était utilisé pour guérir les maladies des yeux.

La colombine, fiente très riche en azote et acide phosphorique, servait à la fumure des cultures (blé, vigne, chanvre). Un pigeon pouvait produire entre 2 et 3 kg d’engrais par an.

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Cases du colombier-porche
de Fosses

Ce privilège évoqué plus haut fut mis à mal dans la nuit du 4 août 1789 qui entérina la demande de suppression ou pour le moins la réduction des pigeonniers en France. Cette demande figurait en bonne place dans les cahiers de doléances (article 11 pour la ville de Villiers le Bel, article 12 pour la ville de la Courneuve, article 5 pour celle de Bondy). L’article 16 du cahier des plaintes et doléances de la paroisse de Fosses nous précise que « ceux qui ont le droit d’avoir des colombiers ne trouvent de profit qu’en ce que leurs pigeons vivent une bonne partie de l’année au dépens d’autrui ».

La suppression de ce privilège nobiliaire permit à la paysannerie d’accéder à la possession de pigeonnier et à l’exploitation de ceux-ci (rentrées financières importantes et réussite sociale).

 

 

Quelques colombiers et pigeonniers du Pays de France

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Bellefontaine

BELLEFONTAINE : le colombier situé dans le parc du château, 9 rue des Sablons, est attesté dès le XVIème siècle. Il est mentionné dans plusieurs actes des XVIIème et XVIIIème siècles, dont un acte de vente daté de 1769, avec le château voisin. Il comporte 1 350 boulins.

 

 

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Fosses – Ferme Lionnet

FOSSES : Sous l’ Ancien Régime, il existait deux seigneuries dans le village, avec chacune un colombier.

Celui de la ferme dépendant de l’abbaye d’ Hérivaux, colombier sur pied figurant sur les plans des XVIIème – XVIIIème siècles, situé au cœur du village (actuelle ferme Lionnet), est aujourd’hui ruiné et il n’en subsiste qu’une vingtaine de boulins dans un mur.

 

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Fosses – Le Tourneur

Le second est le colombier-porche de la ferme seigneuriale Le Tourneur, à l’ouest de l’église Saint-Etienne (actuelle ferme municipale et Base archéologique de notre association) qui date du XVIIème siècle. Il recèle encore 181 boulins au second étage du corps de logis.

 

 

 

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Gonesse – Orgemont

GONESSE : le colombier d’Orgemont, situé au 1 rue de Paris : 1600 boulins, ses structures apparentes ne permettent pas de le dater en deçà du XVIIème siècle.

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Gonesse – Garlande

Le pigeonnier de Coulanges, situé au 24 rue de Paris avec 8OO boulins et celui de Garlande, situé au 1 rue Chauvart, daté du XVIIème siècle avec 1 658 boulins.

 

 

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Goussainville

GOUSSAINVILLE : le pigeonnier, situé au 43/45, rue Brûlée, dépendant de la ferme de Montmorency, pourrait dater du XIVème siècle. Partiellement détruit au XVIIème, il fit l’objet d’une reconstruction aux XVIIIème et XXème siècles, et contenait 3 636 boulins. Il n’a pas été entretenu et est actuellement en très mauvais état.

 

 

EPIAIS les LOUVRES : le colombier de la Ferme du Manoir, situé au 1 rue du Manoir, est mentionné dans un document de 1749. Ce colombier serait devenu sans que l’on en sache la raison, un pigeonnier-porche comprenant 22 rangées de 16 boulins en place sur trois murs. Propriété privée, le pigeonnier est visible de la rue.

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Louvres

LOUVRES : le pigeonnier à l’angle du 35 rue de Paris et de la rue du Milton. Il comportait 1 100 boulins.

LUZARCHES : des deux pigeonniers situés sur la commune de Luzarches, l’un sur pied est voisin du château de saint-Côme (propriété privée) et l’autre fait partie de la Ferme d’Hérivaux près de l’abbaye. Une rangée de boulins est encore visible à mi-hauteur du bâtiment.

 

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Mitry-Mory

MITRY-MORY : la ferme de Maurepas, déjà existante au XIIIème siècle, est aujourd’hui dotée d’un colombier-porche carré restauré dans le années 1990. Celui-ci n’est visible (en cherchant bien), que depuis le chemin des Coches à Mitry-Mory, face au portail.

 

 

 

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Saint Mesmes

SAINT-MARTIN DU TERTRE : la ferme de Fontenelle, rue Roger-Renard, possède encore un pigeonnier dans sa tour carrée.

 

SAINT-MESMES : la ferme de l’Oratoire, au hameau de Vineuil, possède une grange dîmière et un pigeonnier.

 

 

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Saint Pathus

SAINT-PATHUS : En tant que pigeonnier, 1 400 boulins à ouverture carrées en tapissaient les parois intérieures. Récemment restauré en habitation, ce pigeonnier cylindrique construit en pierres irrégulières est recouvert d’une toiture de tuiles.

 

 

 

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Survilliers

SURVILLIERS : le colombier, est visible depuis le 12, de la Grande Rue (propriété privée) et non pas dans la rue du Colombier, il est mentionné dans un acte de 1658. Une échelle tournante pivotante autour d’une poutre centrale verticale permet d’accéder à la totalité des boulins 2 500.

 

 

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Thieux

THIEUX : l’entrée de la Ferme de Brou située, 2 rue des Trois-Villes est constituée par un pigeonnier-porche. Deux lucarnes d’envol permettent les allées et venues des pigeons. Cette construction n’est visible que de la route qui mène de Compans à la Ferme de Brou.

 

 

 

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Tremblay-en-France

TREMBLAY en FRANCE : la ferme Zaffani située au 39 rue Louis Eschard, a été transformée en résidence moderne. A l’origine cette ferme possédait une porte charretière surmontée d’un pigeonnier qui pourrait avoir été construit à l’origine au XVIIIème siècle.

 

 

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Vémars

VEMARS : au lieu-dit Choisy aux Bœufs, route de Mauregard, la Ferme de Choisy aux Bœufs, un pigeonnier porche est encore visible depuis le chemin qui longe le centre équestre occupant aujourd’hui la ferme.

 

 

 

 

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Villeron

VILLERON : le colombier de la Ferme de Vaulerent à Villeron, daté du XIIIème au XVIIIIème. Un larmier*, interrompu au niveau d’une ouverture, court au niveau du premier tiers inférieur. Il est visible de la rue si le portail est ouvert. Dans la même cour se trouve la grange dîmière construite entre 1220 et 1230.

 

 

 

Alain TANNEUR

Inventaire non exhaustif, extrait de l’ouvrage en cours « Les colombiers du Pays de France »

 

*GLOSSAIRE :

Colombiers et pigeonniers en Pays de France

Boulins (Goussainville)

Boulin : Trou ou pot de terre où niche un couple de pigeon dans un colombier. Très souvent, une petite plaquette de pâte rectangulaire est façonnée sur le plan d’ouverture du pot, pour la plage d’accueil et d’envol des pigeons appelée « avance ».
Larmier : Saillie d’une corniche, creusée par en-dessous en gouttière, destinée à éviter le ruissellement de l’eau sur le mur.

1 – Viollet le Duc : Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIème au XVIème siècle – Edition 1600.
2 – Rémy Guadagnin : Le Pays de France in Meulerie et Poterie – La production artisanale spécialisée dans l’économie rurale du nord Parisis à l’époque gallo-romaine P 14 à 46 – Catalogue d’exposition du Musée Archéa, Louvres, 2013.
3 – Olivier de Serres : Théâtre d’agriculture et mesnage des champs – 1600.

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